10.05.2008

Que penser de la montée du fascisme ?

L'exemple de la répression de la manif fasciste du 9 mai à Paris. La "répression" de la manifestation fasciste du 9 mai est-elle une bonne chose? Son interdiction puis les arrestations servent-elles à long terme l'antifascisme? La répression est policière et donc étrangère aux masses. Et elle contribue à l'image "anti-système" des fascistes, qui auront beau jeu de se présenter comme les "seuls" et "authentiques" "révolutionnaires". Car, il faut être totalement naïf pour s'imaginer que le 9 mai intéresse vraiment les fascistes. Le 9 mai n'est qu'une composante d'un large tout, de multiples réseaux et actions s'entre-mêlant et que les fascistes appellent la "métapolitique" (=au-delà de la politique). Leur but: la bataille culturelle pour l'accumulation de forces et la conquête de l'hégémonie. Le 9 mai est une pierre à cet édifice "ambitieux" qu'est la constitution d'un nouveau projet authentiquement fasciste. L'Etat bourgeois avait pourtant largement de quoi quadriller la manifestation fasciste et la laisser pourrir dans un coin, histoire de dire: cette poignée faisant une manif "apolitique" on la tient à l'oeil, encadrée. Au lieu de cela, l'Etat a fait le cadeau aux fascistes d'une pseudo répression dont ils profiteront pour s'approprier une aura de "rebelles" et avoir un maximum d'écho chez les masses populaires frappées par la crise générale du capitalisme... Ils diront: "Regardez: ils interdisent nos rassemblements, ils nous répriment dans les rues, dans les stades de football, pendant que Besancenot passe chez Drucker... C'est nous les vrais opposants...". Il y a un fait très clair aujourd'hui. C'est que les fascistes sont dans une phase ascendante. Ils sont plus nombreux, disposent de différentes organisations ayant plus ou moins un programme de revendications; ils sont accompagnés de nombreux intellectuels, remettant au goût du jour toute la série des auteurs classiques du fascisme, et cela sous toutes ses variantes possibles, du national-syndicalisme au catholicisme ultra-conservateur. Ils forment des cadres, ils font du travail de masse pour rassembler sous leurs bannières. Pour cette raison, il faut absolument en terminer avec la conception selon laquelle le fascisme serait une "idée". Il y en a en effet beaucoup aujourd'hui dans le camp antifasciste qui font encore une erreur centrale. Ils ont une conception non dialectique du fascisme et ne voient pas qu'en plus d'être des ennemis, les fascistes sont des "concurrents". Car les fascistes ne sont pas que des ennemis, des réactionnaires, ils sont un produit de la société capitaliste et partant de là ils vont être inévitablement de plus en plus nombreux, dans le sillage de la crise du capitalisme. Les fascistes se définissent systématiquement comme "révolutionnaires" et en limitant la critique des fascistes à la dénonciation, on leur permet d'affirmer que les antifascistes sont liés au "système", ne sont pas les vrais révolutionnaires, etc. C'est une énorme erreur tactique face à la démagogie "révolutionnaire" des fascistes. En fait, ceux qui se trompent s'appuient sur les fondamentaux suivants: tout d'abord, les fascistes ne sont considérés que comme une poignée d'arriérés passéistes. Au lieu des les considérer pour ce qu'ils sont, à savoir les produits ultra-modernes du capitalisme pourrissant, on les prend pour des ringards tournés vers le passé (...). Dans cette conception, le fascisme n'est qu'un "point de vue" totalement délirant, une sorte de maladie mentale qu'il suffirait de dénoncer pour qu'elle ne se propage pas. C'est le concept du fascisme comme "gangrène". C'est naturellement une définition totalement petite-bourgeoise, digne de la Ligue des Droits de l'Homme, définition n'ayant rien à voir avec la réalité. A aucun moment le fascisme n'est compris comme tendance historique, comme phénomène lié au capitalisme et à sa crise; on s'imagine alors pouvoir écraser le fascisme sans voir dans quelle mesure la crise capitaliste le renforce!

30.01.2008

théorie

Le socialisme, la "Révolution" autant de mots qu'emploient aujourd'hui nombre de groupe (-uscules) se revendiquant alternatifs et anticapitalistes. L'important est de trier tout cela : déjà dans une approche idéologique définir ce qu'est le "socialisme" et ensuite analyser les courants qui s'en revendiquent. 1. Le socialisme : Nombreux sont les groupes qui prétendre avoir une approche "sociale" de la politique : sociaux libéraux, sociaux démocrates, socialistes révolutionnaires, socialistes libertaires, socialistes nationaux ... et ceux qui s'en se référer au socialisme, prétendre l'incarner (ou tout du moins une certaine forme) ou alors le rejeter, pour en général le "dépasser". Le premier écueil est d'avoir une approche métaphysique du socialisme : croire qu'il existe un idéal qu'il suffit à l'Homme d'atteindre en s'élevant, élévation à laquelle il peut parvenir par une approche culturelle, quasi mystique que certains qualifient de "métapolitique". Pour ces métaphysiciens le "bien" est une donnée immuable, éternelle. On le voit cette approche est proche des analyses religieuses révélées et bien des courants intégristes se rattachent à cette tendance. Mais il existe aussi des courants laïques qui s'en revendiquent : la plupart des courants d'extrême droite, mais aussi nombres de courants "agrariens" alternatifs et bien sûr la grande majorité des chapelles anarchistes. Cette vision du monde amène à considérer le monde d'aujourd'hui comme une déviance, un déclin, une débauche qu'il faut rejeter pour adhérer à de nouvelles valeurs, que l'on va souvent chercher dans un ailleurs, soit un passé mythifié, soit chez des peuples "premiers", on cherche en fait à "revenir" à un âge d'or, une Tradition abstraite mais que l'on veut voir dans les permanences de certains éléments de notre mentalités. Les métaphysiciens applaudissent en général aux travaux des structuralistes et de leurs émules, qui cherchent à démontrer le caractère invariant de certaines de nos représentations, et partant de nos comportements. Cela amène aussi à rejeter la culture moderne, la consommation et finalement le progrès pour purifier notre mode de vie. La lutte devient d'abord culturelle et arrêter de consommer du coca devient un acte de "résistance", moins à une multi nationale de l'agroalimentaire qu'à un symbole de la culture consumériste, très souvent associé d'ailleurs à la puissance américaine (oubliant au passage le capitalisme "bio", et l'impérialisme des autres nations bourgeoises). Tout n'est pas cependant à rejeter dans cette approche, le combat pour le socialisme à certainement une dimension culturelle et mystique, on ne saurait le négliger et toutes les expériences socialistes réelles ont utilisée "l'arme culturelle" (agit prop...). Reste que la dimension essentiellement métaphysique, elle, doit être absolument rejetée. Et ceci au nom d'une approche dialectique du socialisme. La dialectique n'est pas une forme du dualisme (le "bien" contre le "mal") ce qui la rapprocherait finalement de la métaphysique, la dialectique c'est un outil qui amène à considérer le monde comme lieu d'affrontement entre des principes contraires. Ces contradictions, et leur lutte sont le moteur de toutes sociétés humaines, ce qui fait qu'elles ne contiennent ni totalement le "mal" ni totalement le "bien" qui ne sont que l'expression de nos représentations elles mêmes conditionnés par ces contradictions. La dialectique amène donc à penser qu'il existe déjà des "ilôts" de socialisme dans notre société capitaliste, ces ilôts il faut les identifier, les défendre et les renforcer (stratégie évolutionniste) pour accentuer la contradiction. Cette démarche volontaire doit amener à accumuler les forces nécessaires pour attaquer la forme de domination au pouvoir (stratégie révolutionnaire). Or une approche métaphysique ne permet pas d'atteindre ce degrés de conscience : en considérant notre société comme une expression culturelle, on ne cherche soit qu'à "convertir" le capitalisme au lieu de chercher à le détruire soit à l'affronter comme un ennemi mystique, en le laissant pourrir jusqu'au Grand Soir. Ce qui revient à abandonner les "ilôts" socialistes, donc à ne pas renforcer la contradiction et finalement au lieu du "pourrissement" on renforce le capitalisme. On peut aussi choisir la retraite alternative, qui consiste à développer des modes de vies qui se veulent anticapitalistes. Certaines de ces expériences peuvent être des ilôts socialistes. A vrai dire on ne peut séparer la démarche évolutionniste (à laquelle parviennent certains métaphysiciens du socialisme dans le meilleur de cas) de la démarche révolutionnaire, qui reste de facto inaccessible à ceux qui ne suivent pas une démarche dialectique.