27.10.2008
Les symboles nationaux et la crise
On a sifflé la Marseillaise...
Le "on" désigne bien sûr avant tout une partie des supporters de l'équipe tunisienne (tout autant issu de classe moyenne que du prolétariat immigrés) lors de la rencontre amicale France - Tunisie de ce mois.
Deux remarques avant de commenter ce fait :
- ce n'est ni la première, ni sans doute la dernière fois, que ce phénomène se produit, il n'est pas lié au seul problème des rencontres avec les équipes du Maghreb (ou alors il faut rattacher la Corse à ce phénomène).
- ce phénomène s'explique avant tout car loin des idées moralisantes de la bourgeoisie sur les "vertus" civiques des rencontres sportives (bien théoriques et idéalisées), on a tout fait pour faire de ces dites rencontres, et dans le foot plus qu'ailleurs, tout à la fois la vitrine commerciale de grands sponsors capitalistes, une machine à accumuller les capitaux notamment issus de ces sponsors commerciaux et industriels et un défouloir chauvin xénophobe, voire franchement nationaliste et raciste. Et ici le "on" représente bien sûr les grands capitalistes alléchés par tout ce qui peut être dénaturé par la culture du profit, et les pouvoirs publics qui ont légiféré, soutenu et laisser faire la spoliation d'équipes sportives, coupées de leurs supporters devenus simples consommateurs.
Outre le fait que cet épiphénomène qui n'étonne que les hypocriques, ne serve aussi opportunément à éviter aux masses de trop se focaliser sur la crise financière, que nous avions annoncé et dont nous reparlerons bientôt, il est intéressant d'analyser les discours autour de cet incident et de rechercher ses causes sociales.
Une partie des masses françaises rejette donc la France, en rejettant ses symboles nationaux.
Cela est évidement compréhensible : deux catégories sociales auraient raison de rejetter la France en tant que symbole d'un point de vue subjectif : ceux dont les identités culturelles ont été agressées, et le sont encore aujourd'hui, par une pratique jacobine et centralisatrice du pouvoir public et par une exploitation capitaliste qui s'impose en fait de l'extérieur (dans les DOM et les collectivités territoriales d'Outre Mer), dans les marges de l'espace métropolitain : en Corse et dans le Pays Basque) et d'une manière plus générale par les exclus du système capitaliste en France (dans lesquelles on peut inclure les population "issues" de l'immigration).
Et pourtant : la politique de décentralisation recherche à réduire les écarts entre régions en redistribuant les richesses, ce qui fait que les espaces marginaux ont vu les écarts se réduire par rapport à la moyenne nationale, et cette politique touche aussi bien les espaces régionaux que les territoires urbains (mais dans une moindre mesure) voire ruraux, pour limiter l'exclusion.
Cet argument est éminement faux.
Une analyse géographique va nous faire comprendre pourquoi.
1. La ségrégation sociale :
La seule forme de ségrégation tolérée par la loi de la république bourgeoise est sociale. Une cartographie des quartiers strasbourgeois en fonction des revenus révèle aisément l'existence de quartiers bourgeois et prolétaire, avec en intermédiare une somme de quartiers type classe moyenne qui hésite entre les deux. Pire, ils cette tendance à la ségrégation spatiale en fonction de critères sociaux se renforce, les statistiques même de l'Etat bourgeois le constatent : depuis les années 1990 la proportion de ménages à bas revenus (une appellation pudique et désincarnée pour qualifier les grands perdants de la compétition inégalitaire capitaliste) à augmenter dans ces quartiers passant de près de 14% à près de 18%, et encore ces statistiques datent de 1999 (dernier rapport de la DATAR, édité par la documentation française), depuis la tendance s'est encore renforcé, mais nous n'avons pas les chiffres.
Un autre constat sur lequel nous reviendrons : dans le même temps la proportion de ces personnes très pauvres à augmenter dans les villages aux franges urbaines de 7% à près de 10%.
On constate donc que les populations prolétarisées vivent de manière concentrées, et qu'autour d'eux se développe un lumpenprolétariat déclassé dont la proportion augmente. Par ailleurs, loin de ce concentrer au même endroit, le prolétariat semble se scinder en deux selon une logique spatiale différencielle : les banlieues et les villages proche de l'agglomération mère.
Bon, mais l'existence de cette ségrégation sociale, matrice inévitable de la violence, n'explique pas le rejet des symboles nationaux par certains. On y vient.
Face à cette ségrégation, devrait inévitablement se construire un rapport de force entre classe. Mais il n'émerge pourtant pas. Rien, ou peu, dans les émeutes qui secouent ces zones, surtout en banlieue d'ailleurs, ne semble prendre la forme d'une lutte des classes. C'est que l'éducation bourgeoise a éteint ce danger en dénonçant une ségrégation selon elle pire, au point de n'être que la seule "vraie" discrimination à combattre : le racisme. On se demande pourquoi il faudrait hiérarchiser les discriminations. Car cela sert la domination de classe de la bourgoisie et de ses alliés des classes moyennes.
La stratégie de reproduction de classe et le minétisme bourgeois a limité les ambitions des classes moyennes à l'exercice de métiers et profession à fort investissement éducatif et à forte valeur à ses yeux. Mais il a bien fallut faire le "sale" boulot qui reste et qui forme l'essentiel de l'offre d'emploi, peu rénuméré et dévalué. Ce fut et c'est le principal rôle de l'immigration. Pour moraliser et encadrer l'émergence d'une classe moyenne au sein de ces populations, l'Etat a mis le paquet sur la dénonciation du racisme. Au point que l'oppression de classe bourgeoise, que constate les prolétaires immigrés et leurs enfants, finisse par apparaître à leur yeux comme une expression de ce racisme. Cette image, intenable à toute analyse sérieuse, crée deux effets contradictoires : l'espoir de s'intégrer dans l'ordre bourgeois en France, et le rejet de ce même ordre bourgeois, mais sans en avoir la clé, car la thèse raciste est, toute seule, invalidante.
Voici donc les immigrés pris dans un dilemme insoluble : sommé de défendre leur identité, menacé par le racisme français et en même temps de s'intégrer. En combattant le racisme, la bourgeoisie est parvenue à persuader les masses que cette contre valeur est la clé qui permet de comprendre l'univers, occupé par cette question, les masses ne se préoccupent plus d'attaquer la bourgeoisie et son ordre.
On le voit d'un point de vue culturel, ce qui apparait comme des normes bourgeoise mais qui sont fondamentalement révolutionnaires (antiracisme, égalité des genres, travail...) est rejetté par une partie croissante du prolétariat au profit, et tout le paradoxe est là, des vraies normes bourgeoises : compétition, culte de l'argent facile, satisfaction matérielle pure... les clips décriés du rappeur 1pulsif nous le montre bien. Aucune révolte, mais la défense, même caricaturale, des valeurs bourgeoise.
On le voit aussi d'un point de vue spatial, hanté par la question raciale, le prolétariat se divise : quand il a le choix, le prolétaire ou le sous prolétaire "de souche", préfére éviter la banlieue.
On le voit enfin d'un point de vue social : au lieu de critiquer la collaboration de classe de la classe moyenne "issue" de l'immigration, (qu'on fait tout pour mettre en scène), ces opprimés y voient un modèle de réussite pour eux.
2. Le modèle social issu du capitalisme anglo saxon à l'épreuve de la république petite bourgeoise :
Ce modèle de gestion du prolétariat par le culturel pour le détourner de toute oeuvre révolutionnaire, ne date pas d'hier, il s'est élaboré outre altantique, et avec des variantes importantes, outre manche, et repose sur un communautarisme assumé, qui sublime la collaboration de classe par un discours antiraciste. Le développement de ce modèle en France est cependant mal assumé par une partie de la petite bourgeoisie, non pas que le discours antiraciste prétexte la heurte, au contraire, mais c'est son pendant nécessaire : le communautarisme.
Au nom de principes laïques et républicains, la petite bourgeoisie française est sensible à tout discours rejettant trop ouvertement les valeurs et les symboles de "sa" république de petits propriétaires qui n'est par ailleurs plus à son service depuis longtemps, si tant elle qu'elle le fut un jour. Le communautarisme suppose de faire une place parmi la petite bourgeoisie à l'élite du prolétariat immigré et d'en accepter un certain nombre de valeurs culturelles pour faciliter sa collaboration et justifier une ascension aux yeux des masses segmentées d'un point de vue culturelle et occupée à défendre une "identité" finalement bien subjective plutôt que leur intérêt objectif. Mais cette compétition segmente aussi la petite bourgeoisie de souche qui du coup se pose en défenseur des valeurs républicaines (son "identité") pour limiter l'ascension sociale de la concurence.
Voilà donc l'Etat bourgeois obligé de défendre son projet communautariste pour segmenter les masses et en même temps contraint de le faire dans le cadre improbable d'une défense des valeurs républicaines chère à une petite bourgeoisie menacée dans ses positions globales par la crise.
En conclusion, nous sommes donc ramené à la crise. Les masses prolétaires segmentées et sans unité ni projet révolutionnaires ne menaceront donc probablement pas l'ordre bourgeois. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de violence, mais sans orientation, l'incendie ne sera pas éminement menaçant. La bascule à plus de chance de venir des classes moyennes "républicaines" menacé à la fois par la crise d'un point de vue objectif et par la montée communautaire, d'un point de vue subjectif. On a ici tous les ingrédients pour une dérive fasciste du système, dont l'antiracisme ne sera pas un verrou, mais probablement l'excuse idéologique : on voit déjà des groupes d'extrême droite paradé sous des slogans soit disant antiraciste.
Il est urgent d'unir les masses !
Unité, Egalité, Révolution !
12:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : strasbourg, identité, alsace, gauche, droite



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