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15.05.2008

Que penser de la "question" de l'immigration ?

La lutte des travailleurs sans papiers met la question de l'immigration, à nouveau, au-devant de la scène médiatique. La "question" de l'immigration est une vieille question, que se sont toujours posées les sociétés. Il nous faut contextualiser cette question et en dégager l'intérêt pour les masses.

D'abord un constat historique : le phénomène migratoire a toujours existé, pacifique ou guerrier, volontaire ou subi, d'exploitation ou de conquête, en fait les hommes se sont toujours déplacés. Ces migrations ont toujours influencé, plus ou moins, les dynamiques sociales internes des sociétés d'accueil, selon qu'elles étaient en situation de force ou de crise.
Les dynamiques internes à l'oeuvre dans une société sont modifiées par des influences externes. Il en est ainsi de la lutte des classes en France.

Il nous faut donc partir de la situation actuelle, sans trop nous attarder sur la construction historique du phénomène migratoire. Le capitalisme utilise les migrations. Cela est évident, les immigrés qui arrivent en France subissent de plein fouet l’oppression impérialiste des sociétés capitalistes et de ses conséquences : appauvrissement, exploitation, soutien à des bureaucraties locales inféodées, maintien de la misère et des violences... Il est devenu courant de qualifier cette situation de "néocolonialisme". En fait, il s'agit simplement de "post colonialisme", car tant que le capitalisme sera dominant, l'impérialisme sera la nature des relations internationales en particulier avec les sociétés du Tiers Monde, la colonisation directe n'est qu'un avatar de l'impérialisme, pas son aboutissement.

La première cause de l'immigration, c'est donc avant tout l'existence de l'impérialisme, que l'on qualifie parfois pudiquement de "fossé" ou "inégalités" Nord-Sud.

Les choses ne s'arrêtent pas là, le phénomène migratoire sert aussi au capitalisme de réservoir de main-d’oeuvre, pas forcément peu qualifiée, mais en tout cas plus docile, car souvent moins politisée et plus discrète. De plus, ce phénomène devenu massif, permet de maintenir les classes moyennes dans un certain confort en résolvant le problème de l'accomplissement des tâches les plus pénibles, l’intégration et la collaboration des classes moyennes passe en partie par l'exploitation de ce prolétariat immigré. Enfin, cette exploitation ne pouvant se faire sans violence, les révoltes de ce prolétariat sont analysées comme un phénomène culturel et légitime la mise en place d'une politique communautaire, suivant en cela les acquis de l'expérience de la bourgeoisie et des classes moyennes américaine notamment.

Cette politique communautaire permet doublement le maintien, provisoire, des classes moyennes dans une situation petite-bourgeoise :
- En favorisant l'émergence d'une classe moyenne immigrée, favorable à la société capitaliste (petits ou moyens fonctionnaires, cadres ou employés des services, profession libérale dans la restauration ou la distribution...) qui en jouant sur le ressort identitaire encadre l'exploitation du prolétariat de sa communauté.
- En légitimant la ségrégation sociale, après les ghettos identitaires, ce sont les ghettos sociaux qui sont en jeu : comme dans les "gated communities" américaine, la bourgeoisie et les classes moyennes s'enfermeront dans des quartiers "réservées", où peu à peu viendront s'installer les classes moyennes immigrées faire valoir.

Voilà comment est gérée l'immigration dans la société capitaliste française.

Maintenant que faire ?

La question de l'immigration est une fausse question. Le problème n'est pas l'immigration, c'est le capitalisme et sa logique de profit. Si on rejette la gestion capitaliste de ce phénomène quelles sont donc les alternatives ?
Il n'y en a qu'une : le communisme.

L'extrême droite (au pluriel) prétend avoir sa solution, mais elle tourne toujours autour de son obsession xénophobe du chacun chez soi, même quand elle se pare des subtilités rhétoriques "ethno différentialistes". La preuve est l'incompétence de l'extrême droite à formuler une alternative au capitalisme, qu'elle identifie aussi, suivant en cela les analyses marxistes comme une conséquence de ce mode de production. Mais l'extrême droite est idéaliste : elle ne critique pas le capitalisme en tant que tel : elle le condamne en tant que culture.
Par quoi propose-t-elle de le remplacer ?
Trois possibilités sont suivies :
- le retour au capitalisme "familial", celui du 19ème siècle, avant que le progrès technique ne permette la mondialisation telle que nous la vivons aujourd'hui. On voit mal comment un tel retour n'empêcherait pas le capitalisme de redevenir industriel et même financier, de plus il y quelque chose d'illogique à penser d'un côté le capitalisme comme intrinsèquement "mal" (vision métaphysique) d'une part et supposer que sa version "familiale" (c'est-à-dire compatible avec les classes moyennes et le "bon temps des boutiques") serait "bonne". C'est un idéal qui se heurte à la logique compétitive du capitalisme et donc à la concentration des moyens de production. C'est le rêve des classes moyennes boutiquières et petites-bourgeoises qui s'imaginent "convertir" le capitalisme à des valeurs patriarcales censées le tempérer. Et cela sans même évoquer l'exploitation du prolétariat et la soumission des femmes que suppose ce modèle.
- le "socialisme" inégalitaire : une partie de l'extrême droite est fascinée par les modèles et la pensée de gauche. Choisissant de rejeter le capitalisme, elle adhère à la volonté de bâtir le socialisme. La comparaison s'arrête là. Car pour ces "socialistes" de droite, le socialisme n'est pas la lutte des classes et la disparition des inégalités, c'est précisément la revendication, presque darwinienne, de ces inégalités. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les "socialistes" de droite sont les plus ardents promoteurs de la compétition sociale, qui fait émerger des chefs. Leur vision inégalitariste détruit en fait leur logorrhée socialiste : ce dont ils rêvent en réalité c'est un retour à une économie féodale, modernisée, mais fonctionnant sur le modèle féodal : avec ses corporations, ses maîtres, ses communautés et leurs valeurs patriarcales, terriennes et profondément xénophobe, sa hiérarchie puissante et sa spiritualité au service de la domination sociale d'une élité qui se pense être le "groupe", la "tribu", en compétition permanente avec les autres communautés. Ce modèle d'économie autarcique nourrit en fait des visées totalitaires et impérialistes.
- La collaboration pure et simple avec le capitalisme, sur le modèle autoritaire d'un Franco ou d'un Pinochet.

Dans tous les cas, il s'agit soit de renforcer la violence et l'exploitation capitaliste en lui donnant les outils pour se défendre avec un Etat tout puissant, et un parti totalitaire chargé d'intégrer les masses, soit de remplacer la violence capitaliste par la violence communautariste.

Le communisme propose un autre modèle : un modèle international, partant de la réalité, l'immigration est un fait : les masses immigrées doivent donc rejoindre leurs frères exploités pour bâtir ensemble une nouvelle société ou la propriété privée des moyens de production est remplacée par la propriété collective, ou la coopération sociale de chacun remplace l'exploitation de tous. Une telle société ne se fonde pas sur l'exclusion ou le racisme, ni sur l'idéalisation de l'immigration pour en justifier l'exploitation : l'immigration ne doit pas devenir une valeur, ce doit être un choix. La terre est à tous, la liberté de circuler doit devenir un droit.
On ne peut soutenir l'immigration-exploitation, car c'est une conséquence du capitalisme. Il faut combattre le capitalisme pour que l'immigration devienne un vrai droit, un libre choix.
En attendant, il faut partir de la réalité : il faut construire une conscience de classe au sein du prolétariat, et peu importe son identité culturelle, l'important c'est de s'éduquer et d'éduquer pour lutter correctement contre le capitalisme et ses divers visages.

Prolétaires de tous pays, unissez vous !