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22.04.2008

A propos du Pape

Les discours prononcés par le pape de l'Eglise catholique à New York nous permettent de préciser nos positions sur la questions des religions. Celle-ci suit les principes de la "liberté de choix individuel" et du "rejet du cléricalisme". Partons des propos du pape pour développer nos arguments, qui visent ici la religion chrétienne catholique, mais qui sont applicables à toutes les autres religions, pour enfin finir sur un recentrage sur les questions liées à Strasbourg plus particulièrement.

1. La liberté de choix individuel

Contrairement à une idée répendue le communisme n'est pas fondamentalement antireligieux. Il est fondamentalement anticlérical. Le communisme suit la volonté des masses pour défendre leur intérêt. Les masses n'ont certes pas d'intérêt objectif à suivre des religions, qui toutes, d'une manière ou d'une autre, retardent ou limitent leur émancipation. Mais il n'appartient pas aux communistes de dicter sa volonté aux masses, au risque de se couper d'elles.

Il faut au contraire toujours se préoccuper des attentes subjectives des masses pour ne pas que celles-ci deviennent des préoccupations plus importante que leur tâche historique.

Telle est la position communiste sur la question sur la question des religions. Le défense des préoccupations subjectives des masses ne doit cependant pas se faire aveuglément, le but est de guider les masses vers ce qui est leur intérêt objectif, voilà pourquoi on peut défendre la liberté religieuse, mais pas l'existence du clergé. Le clergé est une classe sociale réactionnaire, patriarcale, hiérarchique et fondamentalement inégalitariste : la religion prêchée par telle ou telle chapelle incarne forcément la vérité absolue et figée dans le dogme. Le clergé n'est ni au service du peuple, ni même d'un dieu quelconque, il est au service d'un texte (torah, évangile, coran, sutra...) et d'une tradition, son horizon est la reproduction (ou la mise en place) d'un ordre social qui le place au sommet de la hiérarchie dans l'attente eschatologique et irrationnel du jugement dernier.

Pour la liberté de culte :

Partons d'un extrait du discours du pape :

"Nous devons reconnaître avec inquiétude l’éclipse quasi totale d’un sens eschatologique dans nos sociétés de tradition chrétienne. (…) La foi et l’espérance ne sont pas limitées à ce monde. (…) Dans le christianisme, il ne peut y avoir de place pour une religion purement privée : le Christ est le Sauveur du monde, et en tant que membres de son Corps (…) nous ne pouvons séparer notre amour de Lui de notre devoir de construire l’Eglise et d’étendre son Royaume. A tel point que si la religion devient affaire purement privée, elle perd son âme même."

Nous touchons ici la question de la liberté religieuse. Pour le clergé elle n'existe pas : on ne peut choisir sa religion, car cela suppose l'égalité des religions. Or, pour le clergé, la religion qu'il professe est forcément la meilleure, non pas par foi (ou pas seulement) mais avant tout par nécessité : si toute les religions sont égales, les traditions sont également mixibles, ce qui mène au mieux à l'oecuménisme, au pire à la déprise de la religion. Une telle tolérance est insupportable au clergé car elle contient le danger de sa disparition. Voilà pourquoi le pape rejette l'idée que la religion puisse être de nature privée : c'est reconnaître précisement l'égalité des religions, qui n'ont alors plus de de vocation sociale mais ne constituent plus qu'une forme de discipline privée et individuelle.

Suite à la Révolution française, la bourgeoisie a peu à peu coupé le clergé des masses afin de les dégager de son emprise réactionnaire pour les livrer à l'exploitation capitaliste. Aujourd'hui, la crise capitaliste qui s'annonce menace d'être encore plus violente que celle de 1929 la bourgeoisie se cherche des alliés ou des pantins, la politique de gestion communautaire, basé sur l'appartenance confessionnelle, n'est qu'un des moyens que la bourgeoisie espère utilisé pour diviser les masses. Ce système ne peut cependant s'accommoder sur la volonté prosélyte et dominatrice des religieux des grandes religions. Mais cette tactique donne au clergé une certaine audience sur les masses. Le clergé s'emploie ainsi à incarner un espoir, voire une alternative face à la domination bourgeoise, qu'il ne conteste pas, mais veut tempérer par la politisation de ses croyances.

Le clergé pense ainsi pouvoir arriver à humaniser le capitalisme. Il espère en ses vertus culturelles pour balancer la folie prédatrice de la compétition capitaliste et ses effets. Le clergé oublie qu'il a déjà eu son heure : son passé est empli de crimes d'intolérance, de collabaration et de silences avec les plus abjectes tyrannies. Le clergé est en réalité obscédé par la question de faire perdurer, de reproduire sa tradition. Le bien-être du peuple, et ses aspirations, sont secondaires. En matière religieuse, cette obsession aboutit à l'intolérance et au rejet de la liberté religieuse. Le clergé a d'ailleurs un mot pour qualifier les aspirations populaires quand elles s'écartent de sa tradition et mettent en péril sa domination qui se veut hégémonique : c'est une "hérésie". L'origine étymologique de ce terme est un mot grec qui signifie "le choix". Cette névrose montre l'irrationnalité du clergé et la nécessité d'établir la liberté religieuse véritable en laissant chacun adhérer à la religion de son choix, sans subir les déviations et les ordres d'un quelconque clergé, la religion est un choix personnel, pas un métier. Il appartient aux masses elle-même, sans hiérarchie religieuse, de faire vivre, ou pas, leur héritage religieux.
Le choix du pape actuel montre bien la permanence de cette intrinsigeante : il suffirait d'être chrétien, selon les normes du clergé, pour vivre dans un monde meilleur.


2. La question de l'avortement et de l'égalité féminine :

"Est-il cohérent de professer notre foi le dimanche, puis, en semaine, de promouvoir des pratiques en affaires ou des procédures médicales contraires à cette foi ? Est-il cohérent pour des catholiques pratiquants d’ignorer ou d’exploiter les pauvres et les marginalisés, de promouvoir des comportements sexuels contraires à l’enseignement de l’Eglise, ou de prendre des positions qui contredisent le droit de vivre de chaque être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle ?"

Le clergé ne se dit pas "anti avortement", il se dit plus subtilement "pro vie", laissant entendre ainsi que ses adversaires sont partisans de la "mort" (Jean-Paul II avait déjà dénoncé en son temps la "culture de mort"). Le clergé a ainsi une autre obsession : celle du discernement. Toute question est marquée selon lui par la question du bien et du mal. Pour lui, l'avortement incarne le mal. Voilà qui montre l'irrationnalité du clergé. La question n'est pas de savoir si l'avortement est "bien" ou "mal".
Le droit à l'avortement est nécessaire.
Bien sûr que l'avortement est une mise à mort, bien sûr qu'il heurte la conscience des femmes qui choissisent d'avorter, d'où la nécessité de l'encadrer et de ne pas juger ces femmes comme le font les "pro vie". Mais l'avortement existe : aucune interdiction, aucune foi ne l'on fait et ne le feront disparaître.
Que s'imagine donc le clergé ? Veut-il revenir au temps ou les femmes avortaient en secret, dans des conditions d'hygiène souvent mortelles ?

Oui.

Le clergé ne s'occupe que de sa vision du monde, pas de la réalité. Il ne veut pas que l'avortement existe et à l'image du dieu décrit dans son texte s'imagine que sa seule parole suffira à faire disparaître ce mal. La question n'est pas de savoir si l'avortement est bien ou mal, mais de savoir comment encadrer cette pratique, en limiter les abus et les victimes. L'avortement est un droit à cause de cela. Le clergé à toujours voulu dominer les corps, en particulier celui des femmes, et les esprits.

Pas d'émancipation sans la disparition du clergé.
Pas de liberté religieuse possible sans la disparition du clergé.

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