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24.11.2006

Antisioniste ! (3)

Pourquoi être antisioniste ?

Nous condamnons le sionisme en tant qu'idéologie communautariste voulant faire d'Israel une nation composée majoritairement de juifs d'origine diverse. C'est cette ligne, inscrite dans la constitution qui explique l'échec d'Israel (en partie puisque d'autres facteurs entrent en compte comme le rejet arabe par exemple) à se construire en paix. La nation israelienne sioniste se définit ainsi de manière exclusive, rejettant l'idée de l'intégration des populations palestiennes comme un risque identitaire. Les sionistes ne sont pas contre l'idée d'un territoire palestinien indépendant, ou du moins extérieur à Israel, car leur priorité est le maintien de l'idéologie sioniste voulant faire d'Israel une nation majoritairement juive.

L'idée que deux nations puissent vivre sur un territoire commun est une aberration que seul les tenants de l'apartheid en Afrique du Sud ont, pour des raisons assez similaires, tenter de mettre en oeuvre avec la politique des bantoustans. La Palestine indépendante dans le cadre promu par Israel sous pression américaine, c'est à dire un ensemble de territoire éclaté, sous contrôle militaire étranger (égyptien à Gaza, Israelien partout) pour ses relations extérieures, n'est qu'une escroquerie.

Le sionisme est une impasse dangereuse, d'autant que les sionistes israeliens encouragent activement des politiques communautaristes pour l'ensemble du Moyen Orient arabe : ils encouragent la segmentation tribale, ethnique, linguistique ou religieuse (ces éléments pouvant se combiner chez certaines minorités) empêchant ainsi l'émergence d'Etats-nation intégrateurs. Cette politique est éminement orientale dans la mesure où elle s'appuie sur l'héritage ottoman, et peut, par un hasard culturel assez malheureux, se trouver en accord avec la politique communautariste encouragées par les puissances occidentales (à commencer par les anglo saxons, et même la France, pourtant partisane d'une politique nationale intégrative quand il s'agit de sa société nationale propre).

 A vrai dire, ce n'est pas tant le sionisme en tant que tel qui est à condamner que le communautarisme, qu'il s'inspire de l'héritage ottoman (que l'on sous estime trop) ou des politiques extérieures occidentales. Ne nous leurrons pas, le communautarisme à de réels appuis au Proche Orient même, des "partis" politiques comme le Hamas, le Hezbollah, ou comme ceux en voie de se constituer dans le nouvel Iraq éclaté en communauté donnent la mesure du succés, qui s'explique pour une politique millénaire allant dans ce sens, mais surtout de l'impasse qu'il représente. Le "vivre à côté" du communautarisme ne peut ouvrir de perspective pacifique à moyen terme même car il est fondé sur un principe d'exclusion. D'autant que certaines communautés ont une culture impérialiste qui ne peut s'accommoder d'un statu quo fondé sur un apartheid territorial quelconque. Le communautarisme, c'est l'exclusion, la ségrégation et finalement la confrontation.

Il faut le dépasser en impassant le "vivre ensemble" d'une citoyenneté transcendante, qui en laissant subsister les identités à l'échelle individuelle, impose une appartenance politique et sociale commune.

Pour revenir sur le sionisme plus précisement, la médiatisation du conflit israelo palestinien pouvant jouer en faveur d'une condamnation générale du communautarisme, la seule issue est le renoncement d'Israel à être une nation exclusive pour intégrer l'ensemble des population palestinienne en son sein avec une égalité civique totale (quitte à le faire sur deux générations pour extirper l'extrémisme et l'immaturité politique de beaucoup de palestinien). Il faut aussi pour les palestiniens renoncer à obtenir des territoires indépendant, ce qui est une chimère pour intégrer la nation israelienne, la seule viable en terme institutionnel et territorial à l'heure actuelle (la Palestine n'est pas un Etat, ni d'un point de vue territorial, ni institutionnel).

Ce double renoncement est dur à envisager au vue des charges émotionnelles portées par ce qu'ils impliquent pour les Israeliens comme pour les Palestiniens, mais ces deux peuples sont condamnés à vivre ensemble, donc à n'en former qu'un à terme, à moins d'envisager un génocide de l'un ou l'autre. Le génocide est la réalisation tôt ou tard d'une nation exclusive, quelque soit l'intention de départ, il en est contenu aussi surement qu'une douce brise peu annoncer un ouragan.

Non au sionisme ! Non au communautarisme !

11.11.2006

Antisionisme (2)

SIONISME ET SHOAH

Le sionisme israelien n’a pas un lien direct avec la Shoah contrairement à un amalgame que font aujourd’hui partisans et ennemis du sionisme, et que partage une bonne part de l’opinion publique actuelle.

Le sionisme puise sa source dans la réaction et le rejet d’une part de l’antisémitisme européen de la fin du XIX s. et du début du XX ème s. (il suffit de se rappeler l’affaire Dreyfus par exemple), et d’autre part de la politique communautaire de l’Empire ottoman, qui domine le monde arabo musulman jusqu’au début du XXème s. et qui attache un statut infériorisant aux populations non musulmanes. Ce second aspect est la plupart du temps largement occulté des analyses occidentales et évidemment islamiques, limitant ainsi la compréhension du phénomène.

Le sionisme israelien n’a donc pas qu’une origine européenne, c’est aussi un phénomène qui a une large dimension Proche orientale. En effet, la politique communautaire pratiquée dans le Proche Orient ottoman du début du XX ème s. accorde aux minorités non musulmanes le droit à l’existence et à la libre pratique de leur religion en échange d’une soumission au pouvoir musulman, ce qui dans les faits amène ces minorités (parfois très nombreuses) à être exclues sur le plan social et juridique.
A la chute de la domination ottomane, le Proche Orient arabe est partagé entre la France et la GB, à qui la SDN accorde des mandats (sur la Syrie et le Liban pour la France, sur la Palestine, la Jordanie et l’Iraq pour la GB) qui y suscite la création d’Etats Nations sur le modèle européen, mais qui cependant reprennent la politique de gestion communautaire sur le modèle ottoman. L’accession à l’indépendance des Etats arabes se déroule sur les vingt ans qui suivent la fin de la seconde guerre, et TOUS prennent l’Islam comme référent juridique et social. Par Islam, il faut en fait entendre la politique ottomane de gestion communautaire, mais dans un cadre désormais national et plus impérial, donc plus exclusif.
La situation des communautés non musulmanes devient fonction de leur implication dans les partis nationalistes qui prennent le pouvoir dans les différents Etats arabes. Les chrétiens par exemple voient leur situation s’améliorer quelque peu en Iraq et en Syrie, où d’importantes personnalités chrétiennes se sont impliqués dans le parti Baath au pouvoir, mais en Egypte a contrario, où les chrétiens sont pourtant plus nombreux, leur faible implication dans le parti au pouvoir les exposent aux persécutions et à l’exclusion. Pour les populations juives, partout la situation se dégrade très vite, et fuyant les persécutions et les brimades, la presque totalité des 900 000 juifs du monde arabe et iranien émigrent vers l’Occident ou … Israel. Près de 80% des israeliens d’aujourd’hui sont les descendants de ces migrants silencieux d’une histoire qui n’est plus mise en avant à l’heure actuelle.

Le moteur européen du sionisme est bien sûr l’antisémitisme des populations et surtout des Etats européens dans la première moitié du XX ème s. Cet antisémitisme racial qui s’appuit sur une vision exclusive de la Nation culmine durant la seconde Guerre avec la politique d’extermination mise en place par le nazisme et ses alliés et collaborateurs européens. La grande majorité des juifs qui sont assassinés par les criminels nazis et leur complices viennent d’Europe de l’Est (Pologne, Ukraine notamment). Les populations juives de l’Ouest de l’Europe sont un peu mieux épargnées par la résistance des populations et de certains Etats (au Danemark, Pays Bas, et même en France, où l’Etat collaborateur de Vichy est directement responsable de la déportation et l’assassinat de 75000 français de confession ou d’origine juive).
A la fin de la guerre, la grande majorité des ces juifs d’Europe restent dans leur nation d’origine où ils sont intégrés (surtout dans les Etats de l’Ouest). D’ailleurs près de 300 000 juifs séfarades d’Orient et d’Algérie préférent l’émigration vers l’Europe, et surtout la France, à l’aliah en Israel.
Les juifs européens qui rejoignent le sionisme israelien ne sont pas acceuillit en héro, ils sont perçut comme ce que ne veulent plus être les israeliens justement : des victimes. La mémoire de la Shoah est donc absente du sionisme dans les premières années d’existence d’Israel.

Tour change avec la guerre des Six Jours en 1964. Cette attaque menée par tous les Etats arabes voisins d’Israel est vu du côté des Israeliens et des juifs de la Diaspora dans la perspective d’un nouvel holocauste. La victoire israelienne suscite un intérêt pour la mémoire de la Shoah qui est marqué par le procès Eichmann à Jérusalem. Le réveil de la mémoire du Génocide est aussi sensible à la même époque en Diaspora, où il fédère juif askénazes descendants des victimes, ou témoins, de la terreur nazie, et séfarades du monde arabo musulman qui n’y ont pas été exposés.
C’est à ce moment que consciemment ou non, la mémoire de la Shoah devient un élément essentiel du sionisme israelien, car elle permet de donner un référent commun à l’ensemble des populations juives rassemblées en Israel. En effet, ni le judaïsme, qui n’est pas perçut comme une nécessité dans le sionisme pour être qualifié de juif, ni même la judaïté ne parvient à donner un sentiment d’appartenance commune aux juifs israeliens, trop segmenté d’un point de vue culturel. Il fallait un mythe fédérateur susceptible de transformer une appartenance culturelle ou religieuse en nationalité. C’est ce que permis l’appropriation de cette mémoire.
Aujourd’hui, la Shoah est devenu un mythe identitaire fondamental dans le processus de création nationale israelien. La récupération et l’appropriation de cette mémoire par une population en majorité séfarade explique la comparaison des Etats arabes ennemis d’Israel, puis des mouvements de résistance palestinien, avec le nazisme. Les juifs d’origine proche orientale projetant leurs vieux contentieux avec les arabes sur cette mémoire et sur les relations extérieures d’Israel.

En conclusion, soyons clair : le fait que la Shoah soit utilisée à des fins identitaires par le sionisme pour créer un sentiment d’appartenance transcendant les divisions entre les populations juives, ne justifie en rien ni la négation du Génocide commis par les nazis et leurs complices sur les populations juives d’Europe, ni la relativisation de ce crime en regard de ceux commis par l’Etat sioniste d’Israel.
Le combat contre le sionisme israelien implique ainsi de comprendre pourquoi il faut combattre cette idéologie politique et quelles alternatives nationalistes et démocratiques opposer à l’impasse qu’elle représente.

08.11.2006

Antisionisme ? (1)

La propagande accuse régulièrement les militants d'extrême gauche d'antisémitisme, prétextant des positions antisionistes de la plupart des groupes et partis politiques de cette mouvance.
Une telle accusation, aggravée par l'importance médiatique de ces questions, mérite une réponse claire.
L'antisionisme est une posture exprimant le choix d'un certain rapport vis à vis de l'Etat israelien.

Israel et sionisme.

Israel existe en tant qu'Etat depuis 1948. Le sionisme est une idéologie que l'on rattache la plupart du temps à la figure d'un idéologue européen de confession juive, mais laïque de conviction, de la fin du XIXème s. :Theodor Herzl. prenant acte de l'antisémitisme européen (il suffit de se rappeller de l'Affaire Dreyfus en France), Herlz prône la transformation de l'identité juive en nationalité (idée la plus décriée, car elle entérime en fait les postures antisémites) et la formation d'un foyer national juif, sans préciser toutefois clairement le lieu géographique de ce foyer.

Israel n'est toutefois pas une application stricte des idées de Herlz. On devrait parler de "sionisme israelien" pour être plus précis, car en fait le sionisme a une dimension plus large que le seul sionisme de Herlz, il s'agit d'un mouvement de "retour" des croyants juifs sur ce qu'ils considérent comme leur "terre d'origine". Il existe ainsi un sionisme religieux, qui ne reconnait pas l'Etat national d'Israel par exemple.
Intéressons nous au sionisme d'Israel.
Le sionisme israelien se propose de créer une nationalité israelienne fédérant les Juifs de différents horizons. Il n'y a pas d'autres exemples de transformation d'une religion entière en nationalité. Reconnaissons toutefois que la nationalité israelienne est culturelle et pas religieuse : l'appartenance au judaïsme ne détermine pas le fait d'être considéré comme juif, et donc potentiellement israelien, ce que rejettent justement les sionistes religieux pour qui être juif c'est adhérer au Judaïsme.
Le sionisme israelien, en tant qu'idéologie d'Etat a trois composantes majeures :
- la volonté de "rapatrier" le maximum de juifs vers Israel
- la construction d'un Etat souverain, démocratique, laic et composé en majorité de juifs
- la colonisation des terres palestiennes, vues comme propriétés collectives et historiques du peuple israelien.

Le bilan du sionisme est mitigé : en attirant en Palestine des juifs de différentes cultures : askénazes, sépharades, russes juifs, juifs libéraux américains, falachas d'Ethiopie ... le sionisme a du faire face à la difficille cohabitations de communautés que le seul judaïsme ne peu suffire à fédérer. Bon an mal an, il est tout de même parvenu à créer une nationalité israelienne (qui se construit surtout dans l'adversité face à la nation palestienne). Surtout en colonisant, le plus souvent par la force, les terres palestiennes, le sionisme a échoué à donner aux juifs ce qu'il promettait en créant un foyer national : une terre où les juifs du monde entier pourraient vivre en paix.
Reconnaissons aussi la part des nations arabes dans l'échec d'Israel à se construire pacifiquement.

On ne peut comprendre le sionisme sans en évoquer l'histoire.
Ce sera l'objet d'un nouveau post.

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