15.05.2008

Que penser de la "question" de l'immigration ?

La lutte des travailleurs sans papiers met la question de l'immigration, à nouveau, au-devant de la scène médiatique. La "question" de l'immigration est une vieille question, que se sont toujours posées les sociétés. Il nous faut contextualiser cette question et en dégager l'intérêt pour les masses.

D'abord un constat historique : le phénomène migratoire a toujours existé, pacifique ou guerrier, volontaire ou subi, d'exploitation ou de conquête, en fait les hommes se sont toujours déplacés. Ces migrations ont toujours influencé, plus ou moins, les dynamiques sociales internes des sociétés d'accueil, selon qu'elles étaient en situation de force ou de crise.
Les dynamiques internes à l'oeuvre dans une société sont modifiées par des influences externes. Il en est ainsi de la lutte des classes en France.

Il nous faut donc partir de la situation actuelle, sans trop nous attarder sur la construction historique du phénomène migratoire. Le capitalisme utilise les migrations. Cela est évident, les immigrés qui arrivent en France subissent de plein fouet l’oppression impérialiste des sociétés capitalistes et de ses conséquences : appauvrissement, exploitation, soutien à des bureaucraties locales inféodées, maintien de la misère et des violences... Il est devenu courant de qualifier cette situation de "néocolonialisme". En fait, il s'agit simplement de "post colonialisme", car tant que le capitalisme sera dominant, l'impérialisme sera la nature des relations internationales en particulier avec les sociétés du Tiers Monde, la colonisation directe n'est qu'un avatar de l'impérialisme, pas son aboutissement.

La première cause de l'immigration, c'est donc avant tout l'existence de l'impérialisme, que l'on qualifie parfois pudiquement de "fossé" ou "inégalités" Nord-Sud.

Les choses ne s'arrêtent pas là, le phénomène migratoire sert aussi au capitalisme de réservoir de main-d’oeuvre, pas forcément peu qualifiée, mais en tout cas plus docile, car souvent moins politisée et plus discrète. De plus, ce phénomène devenu massif, permet de maintenir les classes moyennes dans un certain confort en résolvant le problème de l'accomplissement des tâches les plus pénibles, l’intégration et la collaboration des classes moyennes passe en partie par l'exploitation de ce prolétariat immigré. Enfin, cette exploitation ne pouvant se faire sans violence, les révoltes de ce prolétariat sont analysées comme un phénomène culturel et légitime la mise en place d'une politique communautaire, suivant en cela les acquis de l'expérience de la bourgeoisie et des classes moyennes américaine notamment.

Cette politique communautaire permet doublement le maintien, provisoire, des classes moyennes dans une situation petite-bourgeoise :
- En favorisant l'émergence d'une classe moyenne immigrée, favorable à la société capitaliste (petits ou moyens fonctionnaires, cadres ou employés des services, profession libérale dans la restauration ou la distribution...) qui en jouant sur le ressort identitaire encadre l'exploitation du prolétariat de sa communauté.
- En légitimant la ségrégation sociale, après les ghettos identitaires, ce sont les ghettos sociaux qui sont en jeu : comme dans les "gated communities" américaine, la bourgeoisie et les classes moyennes s'enfermeront dans des quartiers "réservées", où peu à peu viendront s'installer les classes moyennes immigrées faire valoir.

Voilà comment est gérée l'immigration dans la société capitaliste française.

Maintenant que faire ?

La question de l'immigration est une fausse question. Le problème n'est pas l'immigration, c'est le capitalisme et sa logique de profit. Si on rejette la gestion capitaliste de ce phénomène quelles sont donc les alternatives ?
Il n'y en a qu'une : le communisme.

L'extrême droite (au pluriel) prétend avoir sa solution, mais elle tourne toujours autour de son obsession xénophobe du chacun chez soi, même quand elle se pare des subtilités rhétoriques "ethno différentialistes". La preuve est l'incompétence de l'extrême droite à formuler une alternative au capitalisme, qu'elle identifie aussi, suivant en cela les analyses marxistes comme une conséquence de ce mode de production. Mais l'extrême droite est idéaliste : elle ne critique pas le capitalisme en tant que tel : elle le condamne en tant que culture.
Par quoi propose-t-elle de le remplacer ?
Trois possibilités sont suivies :
- le retour au capitalisme "familial", celui du 19ème siècle, avant que le progrès technique ne permette la mondialisation telle que nous la vivons aujourd'hui. On voit mal comment un tel retour n'empêcherait pas le capitalisme de redevenir industriel et même financier, de plus il y quelque chose d'illogique à penser d'un côté le capitalisme comme intrinsèquement "mal" (vision métaphysique) d'une part et supposer que sa version "familiale" (c'est-à-dire compatible avec les classes moyennes et le "bon temps des boutiques") serait "bonne". C'est un idéal qui se heurte à la logique compétitive du capitalisme et donc à la concentration des moyens de production. C'est le rêve des classes moyennes boutiquières et petites-bourgeoises qui s'imaginent "convertir" le capitalisme à des valeurs patriarcales censées le tempérer. Et cela sans même évoquer l'exploitation du prolétariat et la soumission des femmes que suppose ce modèle.
- le "socialisme" inégalitaire : une partie de l'extrême droite est fascinée par les modèles et la pensée de gauche. Choisissant de rejeter le capitalisme, elle adhère à la volonté de bâtir le socialisme. La comparaison s'arrête là. Car pour ces "socialistes" de droite, le socialisme n'est pas la lutte des classes et la disparition des inégalités, c'est précisément la revendication, presque darwinienne, de ces inégalités. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les "socialistes" de droite sont les plus ardents promoteurs de la compétition sociale, qui fait émerger des chefs. Leur vision inégalitariste détruit en fait leur logorrhée socialiste : ce dont ils rêvent en réalité c'est un retour à une économie féodale, modernisée, mais fonctionnant sur le modèle féodal : avec ses corporations, ses maîtres, ses communautés et leurs valeurs patriarcales, terriennes et profondément xénophobe, sa hiérarchie puissante et sa spiritualité au service de la domination sociale d'une élité qui se pense être le "groupe", la "tribu", en compétition permanente avec les autres communautés. Ce modèle d'économie autarcique nourrit en fait des visées totalitaires et impérialistes.
- La collaboration pure et simple avec le capitalisme, sur le modèle autoritaire d'un Franco ou d'un Pinochet.

Dans tous les cas, il s'agit soit de renforcer la violence et l'exploitation capitaliste en lui donnant les outils pour se défendre avec un Etat tout puissant, et un parti totalitaire chargé d'intégrer les masses, soit de remplacer la violence capitaliste par la violence communautariste.

Le communisme propose un autre modèle : un modèle international, partant de la réalité, l'immigration est un fait : les masses immigrées doivent donc rejoindre leurs frères exploités pour bâtir ensemble une nouvelle société ou la propriété privée des moyens de production est remplacée par la propriété collective, ou la coopération sociale de chacun remplace l'exploitation de tous. Une telle société ne se fonde pas sur l'exclusion ou le racisme, ni sur l'idéalisation de l'immigration pour en justifier l'exploitation : l'immigration ne doit pas devenir une valeur, ce doit être un choix. La terre est à tous, la liberté de circuler doit devenir un droit.
On ne peut soutenir l'immigration-exploitation, car c'est une conséquence du capitalisme. Il faut combattre le capitalisme pour que l'immigration devienne un vrai droit, un libre choix.
En attendant, il faut partir de la réalité : il faut construire une conscience de classe au sein du prolétariat, et peu importe son identité culturelle, l'important c'est de s'éduquer et d'éduquer pour lutter correctement contre le capitalisme et ses divers visages.

Prolétaires de tous pays, unissez vous !

10.05.2008

Que penser de la montée du fascisme ?

L'exemple de la répression de la manif fasciste du 9 mai à Paris.

La "répression" de la manifestation fasciste du 9 mai est-elle une bonne chose? Son interdiction puis les arrestations servent-elles à long terme l'antifascisme?

La répression est policière et donc étrangère aux masses. Et elle contribue à l'image "anti-système" des fascistes, qui auront beau jeu de se présenter comme les "seuls" et "authentiques" "révolutionnaires".

Car, il faut être totalement naïf pour s'imaginer que le 9 mai intéresse vraiment les fascistes. Le 9 mai n'est qu'une composante d'un large tout, de multiples réseaux et actions s'entre-mêlant et que les fascistes appellent la "métapolitique" (=au-delà de la politique).

Leur but: la bataille culturelle pour l'accumulation de forces et la conquête de l'hégémonie. Le 9 mai est une pierre à cet édifice "ambitieux" qu'est la constitution d'un nouveau projet authentiquement fasciste.

L'Etat bourgeois avait pourtant largement de quoi quadriller la manifestation fasciste et la laisser pourrir dans un coin, histoire de dire: cette poignée faisant une manif "apolitique" on la tient à l'oeil, encadrée.

Au lieu de cela, l'Etat a fait le cadeau aux fascistes d'une pseudo répression dont ils profiteront pour s'approprier une aura de "rebelles" et avoir un maximum d'écho chez les masses populaires frappées par la crise générale du capitalisme...

Ils diront: "Regardez: ils interdisent nos rassemblements, ils nous répriment dans les rues, dans les stades de football, pendant que Besancenot passe chez Drucker... C'est nous les vrais opposants...".


Il y a un fait très clair aujourd'hui. C'est que les fascistes sont dans une phase ascendante.

Ils sont plus nombreux, disposent de différentes organisations ayant plus ou moins un programme de revendications; ils sont accompagnés de nombreux intellectuels, remettant au goût du jour toute la série des auteurs classiques du fascisme, et cela sous toutes ses variantes possibles, du national-syndicalisme au catholicisme ultra-conservateur.

Ils forment des cadres, ils font du travail de masse pour rassembler sous leurs bannières.
Pour cette raison, il faut absolument en terminer avec la conception selon laquelle le fascisme serait une "idée".

Il y en a en effet beaucoup aujourd'hui dans le camp antifasciste qui font encore une erreur centrale. Ils ont une conception non dialectique du fascisme et ne voient pas qu'en plus d'être des ennemis, les fascistes sont des "concurrents".

Car les fascistes ne sont pas que des ennemis, des réactionnaires, ils sont un produit de la société capitaliste et partant de là ils vont être inévitablement de plus en plus nombreux, dans le sillage de la crise du capitalisme.

Les fascistes se définissent systématiquement comme "révolutionnaires" et en limitant la critique des fascistes à la dénonciation, on leur permet d'affirmer que les antifascistes sont liés au "système", ne sont pas les vrais révolutionnaires, etc.

C'est une énorme erreur tactique face à la démagogie "révolutionnaire" des fascistes.

En fait, ceux qui se trompent s'appuient sur les fondamentaux suivants: tout d'abord, les fascistes ne sont considérés que comme une poignée d'arriérés passéistes. Au lieu des les considérer pour ce qu'ils sont, à savoir les produits ultra-modernes du capitalisme pourrissant, on les prend pour des ringards tournés vers le passé (...).

Dans cette conception, le fascisme n'est qu'un "point de vue" totalement délirant, une sorte de maladie mentale qu'il suffirait de dénoncer pour qu'elle ne se propage pas.

C'est le concept du fascisme comme "gangrène". C'est naturellement une définition totalement petite-bourgeoise, digne de la Ligue des Droits de l'Homme, définition n'ayant rien à voir avec la réalité.

A aucun moment le fascisme n'est compris comme tendance historique, comme phénomène lié au capitalisme et à sa crise; on s'imagine alors pouvoir écraser le fascisme sans voir dans quelle mesure la crise capitaliste le renforce!

28.04.2008

La "question juive".

L'antisémitisme est une question clef à l'extrême-droite, parce qu'elle est le principal, voire le seul, facteur d'unification des différentes tendances. C'est pour cette raison qu'en raison des propos de Jean-Marie Le Pen concernant les chambre à gaz, et vu l'organisation de plus en plus grande des nationalistes traditionnels, les "identitaires" ont été obligé d'attaquer ouvertement Le Pen avec un article au titre bien agressif: "Le Pen est mort".

Les "identitaires" se posent en effet à l'extrême-droite comme alternative au nationalisme traditionnel (voir à ce sujet le document du PCMLM analysant leurs positions). Et ils ont le vent en poupe: après leur maison publique à Nice, ils en ont ouverte une à Lille, qui n'est pas vraiment un bastion facho historique comme Nice!

Pas question pour eux donc d'aider ce qui aide leurs concurrents. Depuis quelques temps déjà ils tentent de "neutraliser" la "question juive", n'hésitant pas à faire pour cela des appels du pied aux sionistes ultras (tout autant "identitaires" par ailleurs), ce qui ne manque pas de piquant quand on connaît le parcours des "identitaires" et leur position concernant la "question juive".

Mais voilà l'un des aspects les plus percutants du fascisme: il s'agit d'un étau, on a le "choix" entre Charybde et Scylla, entre la peste et le choléra...

L'extrême-gauche a "oublié" l'antisémitisme, comme elle a par ailleurs "oublié" les personnes d'origine juive. Un phénomène logique, car si l'extrême-gauche des années 1960 était portée par le peuple, aujourd'hui c'est la petite-bourgeoisie qui forme son contingent, et c'est un milieu naturellement infesté d'antisémitisme, et cela d'autant plus que la crise du capitalisme progresse. Mélange de catholicisme de gauche mal digéré et d'antisémitisme, le soutien symbolique et moraliste à la Palestine en est une expression. L'incapacité complète à analyser l'antisémitisme ni à voir le rôle que ce racisme joue à l'extrême-droite en est une autre.

Le fascisme, c'est le retour aux formes barbares de l'humanité, où des petits groupes d'êtres humains se rassemblaient et s'affrontaient les uns les autres, chaque groupe étant guidé par un chef sorti du lot pour être le plus «fort».

La force était systématiquement utilisé pour résoudre les «problèmes» de l'organisation sociale, et la destruction totale était une pratique courante. Cette expérience historique a laissé des traces profondes, en tant que culture patriarcale dominante.

« Le chauvinisme national et racial est une survivance des murs misanthropiques propres à la période du cannibalisme. L'antisémitisme, comme forme extrême du chauvinisme racial, est la survivance la plus dangereuse du cannibalisme. » (Staline : réponse à une question télégraphique de l'Agence juive d'Amérique sur l'antisémitisme, 12 janvier 1931)

Ainsi, on ne peut pas comprendre l'antisémitisme sans combattre la nation et le patriarcat.
L'antisémitisme va toujours de pair avec une idéologie nationaliste et un culte de la pratique violente, patriarcale.

1199757220.jpg

23.04.2008

A propos des religions

3. La place des religions à Strasbourg :

La place des religions en Alsace est particulière. Les deux départements alsaciens et la moselle ayant été allemands entre 1870 et 1918, ils n'ont pas été concerné par la politique anticléricale de la IIIème République au début du XXème siècle. La loi de 1905 sur la séparation entre l'Eglise et l'Etat bourgeois ne s'y applique pas. Les religions en alsace sont encore régit par le Concordat de 1801. ce Concrodat accorde une prééminence relative à la religion catholique (aujourd'hui ramenée à l'égalité avec les autres confessions "concordataires") et considére le clergé de trois religions (catholique, protestante sous ces confessions traditionnelles et juive) comme relevant de la fonction publique. L'enseignement religieux est en outre obligatoire dans les écoles de ces trois départements. Voilà les principaux traits distinctifs de ce Concordat.

Deux problèmes se posent :

- La question de la laïcité

- La question de la place de l'islam, arrivé en alsace avec la politique bourgeoise d'appel à la main d'oeuvre immigré en provenance des anciennes colonies française dans l'après guerre et surtout avec la politique de regroupement familial à partir des années 1970.

Ces deux problèmes sont en fait liés. L'existence de ce Concordat est susceptible de poser un malaise auprès des areligieux, des musulmans ou des autres croyants de religion non concordataire. En l'occurence, à l'heure actuelle les masses restent assez indifférentes sur cette question, seule une élite cléricale, soutenu par une petite bourgeoise musulmane en voie de constitution semble s'agiter pour obtenir un statut officiel pour la religion musulmane. On pourrait subjectivement penser que l'intérêt des masses est d'obtenir une égalité totale à travers le Concordat, et donc l'accorder aussi à l'islam.

Cela est faux.

Le Concordat ne favorise pas la liberté religieuse, mais institue des privilèges pour les religieux. Il n'est pas dans l'intérêt des masses de soutenir un élargissement du Concordat. D'autant que cet élargissement est soutenu par toute une frange de la bourgeoisie, celle qui pense trouver un appui dans une politique communautariste. Cette bourgeoisie cherche à s'allier à la petite bourgeoisie musulmane entrepreneriale en lui donnant un statut social : celui de bienfaiteur et de guide de sa communauté. Une manière de diviser les masses, comme si l'intérêt des masses musulmanes n'était pas de s'unir avec le reste des opprimés, comme si la petite bourgeoisie musulmane n'était pas une ennemie de classe pour les prolétaires musulmans, qui n'ont rien à attendre de la bourgeoisie, quelque soit son visage. Joué la "culture", l'"identité" contre les intérêt de classe, c'est servir l'oppresseur, c'est trahir la révolution.

Les masses n'ont pas besoin du concordat.

Elles attendent en revanche de l'égalité religieuse. .

La place de l'islam :

L'islam doit avoir dans le paysage alsacien la place qui lui revient, il faut des lieux de culte digne pour les croyants musulmans, mais des lieux de cultes autogérés par les masses et non par des religieux aux ordres de la bourgeoisie, ou des religieux réactionnaires, ennemis de le révolution et du progrès de la démocratie. Il ne faut pas donner aux masses des mosquées, il faut donner aux masses les moyens de construire, gérer et faire vivre des mosquées. Donner des lieux de culte, c'est un héritage de la gestion coloniale, c'est ne pas laisser les masses s'organiser pour se gérer elles mêmes, c'est croire qu'il faut une élite.

Les masses n'ont pas besoin de mosquée cathédrale, ni d'une faculté musulmane destinée à former une élite pro bourgeoise. Elles ont besoin de lieu de culte décent, et il faut que ces lieux de cultes soit autogérés, sinon les masses seront soumises à un clergé soit pro bourgeois, soit réactionnaire. Une fois ce besoin satisafait, les masses musulmanes, autogérées, pourront s'émanciper et rejoindre la collectivité des prolétaires. Dans tous les autres cas, elles se replieront sur leur communauté, et leur dialectique subjective se limitera à la lutte entre la bourgeoisie musulmane partisane de l'intégration socio économique et de la spécificité culturelle face aux relgieux fondamentalistes réactionnaires.

La place des religions concordataires :

Il faut abolir le concordat. Certains défendent le concordat comme un élément de "l'identité" alsacienne. Il est ridicule de penser que l'oeuvre d'un tyran jacobin puisse fonder en quelque manière que ce fût l'identité d'une région. C'est une aberration historique. Le droit local contient, lui, des éléments qui sont hérités de la lutte des classes en Alsace, par exemple en matière de sécurité sociale. C'est cela le patrimoine du prolétariat et des masses en Alsace. Le concordat ne doit pas être confondu avec le droit local.

Il faut abolir le concordat et établir une véritable liberté religieuse en supprimant toute forme de clergé. Les facultés théologiques devrait être fermée et remplacé par une faculté d'enseignement religieux, incluant toutes les religions au moins jusqu'en licence. La spécialisation sur telle ou telle confession devant intervenir le plus tard possible. Aucun débouché professionnel ne devrait être offert à ces étudiants, en dehors de la recherche et de l'enseignement en son sein.

La religion est une part de l'épistémé, ni plus ni moins, qui mérite qu'on s'y interesse. Pas qu'on en vive.

22.04.2008

A propos du Pape

Les discours prononcés par le pape de l'Eglise catholique à New York nous permettent de préciser nos positions sur la questions des religions. Celle-ci suit les principes de la "liberté de choix individuel" et du "rejet du cléricalisme". Partons des propos du pape pour développer nos arguments, qui visent ici la religion chrétienne catholique, mais qui sont applicables à toutes les autres religions, pour enfin finir sur un recentrage sur les questions liées à Strasbourg plus particulièrement.

1. La liberté de choix individuel

Contrairement à une idée répendue le communisme n'est pas fondamentalement antireligieux. Il est fondamentalement anticlérical. Le communisme suit la volonté des masses pour défendre leur intérêt. Les masses n'ont certes pas d'intérêt objectif à suivre des religions, qui toutes, d'une manière ou d'une autre, retardent ou limitent leur émancipation. Mais il n'appartient pas aux communistes de dicter sa volonté aux masses, au risque de se couper d'elles.

Il faut au contraire toujours se préoccuper des attentes subjectives des masses pour ne pas que celles-ci deviennent des préoccupations plus importante que leur tâche historique.

Telle est la position communiste sur la question sur la question des religions. Le défense des préoccupations subjectives des masses ne doit cependant pas se faire aveuglément, le but est de guider les masses vers ce qui est leur intérêt objectif, voilà pourquoi on peut défendre la liberté religieuse, mais pas l'existence du clergé. Le clergé est une classe sociale réactionnaire, patriarcale, hiérarchique et fondamentalement inégalitariste : la religion prêchée par telle ou telle chapelle incarne forcément la vérité absolue et figée dans le dogme. Le clergé n'est ni au service du peuple, ni même d'un dieu quelconque, il est au service d'un texte (torah, évangile, coran, sutra...) et d'une tradition, son horizon est la reproduction (ou la mise en place) d'un ordre social qui le place au sommet de la hiérarchie dans l'attente eschatologique et irrationnel du jugement dernier.

Pour la liberté de culte :

Partons d'un extrait du discours du pape :

"Nous devons reconnaître avec inquiétude l’éclipse quasi totale d’un sens eschatologique dans nos sociétés de tradition chrétienne. (…) La foi et l’espérance ne sont pas limitées à ce monde. (…) Dans le christianisme, il ne peut y avoir de place pour une religion purement privée : le Christ est le Sauveur du monde, et en tant que membres de son Corps (…) nous ne pouvons séparer notre amour de Lui de notre devoir de construire l’Eglise et d’étendre son Royaume. A tel point que si la religion devient affaire purement privée, elle perd son âme même."

Nous touchons ici la question de la liberté religieuse. Pour le clergé elle n'existe pas : on ne peut choisir sa religion, car cela suppose l'égalité des religions. Or, pour le clergé, la religion qu'il professe est forcément la meilleure, non pas par foi (ou pas seulement) mais avant tout par nécessité : si toute les religions sont égales, les traditions sont également mixibles, ce qui mène au mieux à l'oecuménisme, au pire à la déprise de la religion. Une telle tolérance est insupportable au clergé car elle contient le danger de sa disparition. Voilà pourquoi le pape rejette l'idée que la religion puisse être de nature privée : c'est reconnaître précisement l'égalité des religions, qui n'ont alors plus de de vocation sociale mais ne constituent plus qu'une forme de discipline privée et individuelle.

Suite à la Révolution française, la bourgeoisie a peu à peu coupé le clergé des masses afin de les dégager de son emprise réactionnaire pour les livrer à l'exploitation capitaliste. Aujourd'hui, la crise capitaliste qui s'annonce menace d'être encore plus violente que celle de 1929 la bourgeoisie se cherche des alliés ou des pantins, la politique de gestion communautaire, basé sur l'appartenance confessionnelle, n'est qu'un des moyens que la bourgeoisie espère utilisé pour diviser les masses. Ce système ne peut cependant s'accommoder sur la volonté prosélyte et dominatrice des religieux des grandes religions. Mais cette tactique donne au clergé une certaine audience sur les masses. Le clergé s'emploie ainsi à incarner un espoir, voire une alternative face à la domination bourgeoise, qu'il ne conteste pas, mais veut tempérer par la politisation de ses croyances.

Le clergé pense ainsi pouvoir arriver à humaniser le capitalisme. Il espère en ses vertus culturelles pour balancer la folie prédatrice de la compétition capitaliste et ses effets. Le clergé oublie qu'il a déjà eu son heure : son passé est empli de crimes d'intolérance, de collabaration et de silences avec les plus abjectes tyrannies. Le clergé est en réalité obscédé par la question de faire perdurer, de reproduire sa tradition. Le bien-être du peuple, et ses aspirations, sont secondaires. En matière religieuse, cette obsession aboutit à l'intolérance et au rejet de la liberté religieuse. Le clergé a d'ailleurs un mot pour qualifier les aspirations populaires quand elles s'écartent de sa tradition et mettent en péril sa domination qui se veut hégémonique : c'est une "hérésie". L'origine étymologique de ce terme est un mot grec qui signifie "le choix". Cette névrose montre l'irrationnalité du clergé et la nécessité d'établir la liberté religieuse véritable en laissant chacun adhérer à la religion de son choix, sans subir les déviations et les ordres d'un quelconque clergé, la religion est un choix personnel, pas un métier. Il appartient aux masses elle-même, sans hiérarchie religieuse, de faire vivre, ou pas, leur héritage religieux.
Le choix du pape actuel montre bien la permanence de cette intrinsigeante : il suffirait d'être chrétien, selon les normes du clergé, pour vivre dans un monde meilleur.


2. La question de l'avortement et de l'égalité féminine :

"Est-il cohérent de professer notre foi le dimanche, puis, en semaine, de promouvoir des pratiques en affaires ou des procédures médicales contraires à cette foi ? Est-il cohérent pour des catholiques pratiquants d’ignorer ou d’exploiter les pauvres et les marginalisés, de promouvoir des comportements sexuels contraires à l’enseignement de l’Eglise, ou de prendre des positions qui contredisent le droit de vivre de chaque être humain depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle ?"

Le clergé ne se dit pas "anti avortement", il se dit plus subtilement "pro vie", laissant entendre ainsi que ses adversaires sont partisans de la "mort" (Jean-Paul II avait déjà dénoncé en son temps la "culture de mort"). Le clergé a ainsi une autre obsession : celle du discernement. Toute question est marquée selon lui par la question du bien et du mal. Pour lui, l'avortement incarne le mal. Voilà qui montre l'irrationnalité du clergé. La question n'est pas de savoir si l'avortement est "bien" ou "mal".
Le droit à l'avortement est nécessaire.
Bien sûr que l'avortement est une mise à mort, bien sûr qu'il heurte la conscience des femmes qui choissisent d'avorter, d'où la nécessité de l'encadrer et de ne pas juger ces femmes comme le font les "pro vie". Mais l'avortement existe : aucune interdiction, aucune foi ne l'on fait et ne le feront disparaître.
Que s'imagine donc le clergé ? Veut-il revenir au temps ou les femmes avortaient en secret, dans des conditions d'hygiène souvent mortelles ?

Oui.

Le clergé ne s'occupe que de sa vision du monde, pas de la réalité. Il ne veut pas que l'avortement existe et à l'image du dieu décrit dans son texte s'imagine que sa seule parole suffira à faire disparaître ce mal. La question n'est pas de savoir si l'avortement est bien ou mal, mais de savoir comment encadrer cette pratique, en limiter les abus et les victimes. L'avortement est un droit à cause de cela. Le clergé à toujours voulu dominer les corps, en particulier celui des femmes, et les esprits.

Pas d'émancipation sans la disparition du clergé.
Pas de liberté religieuse possible sans la disparition du clergé.